Les Fluctuations à venir ne sont pas des risques comme les autres

Dans chaque secteur et métier, il y a des risques inhérents à la nature et aux conditions d'activité. Tout responsable exerce sa mission en connaissance de cause des aléas à piloter.

Dans le monde stable, il y a les objectifs, le contrôle a priori et les outils de "risk management". Force est de constater que cela n'a pas protégé la ville de Valence des inondations inédites, ni l'activité colis de La Poste d'une cyberattaque en pleine période de Noël 2025. Et la liste devient longue de brutales attaques crises aux conséquences très coûteuses (2020 Covid planétaire, incendies à Los Angeles, 2024 arrêt de la mine de quartz aux E.U, incendie  du seul data center de Corée du Sud, etc…). Certaines organisations ne s' en relèvent pas.

Quel est le défi pour les organisations ?

L’ erreur serait d’appréhender ses aléas d’ampleur inédite avec les lunettes de l’ultra-performance et les outils adaptés à un monde stable et prévisible (Plan de Continuité d’Activité, Plan de Reprise d’Activité, etc) .  Pourquoi ?

  • Parce que le monde fluctuant n’est plus une hypothèse, c’est du vécu et le point commun des rapports scientifiques (GIEC, IPBES, IUCN, CIA, WEF etc). Nous quittons le monde de la moyenne pour entrer dans celui de l’écart type, nous quittons le monde de la continuité pour entrer dans celui des ruptures, notre seule certitude c’est le maintien et l’amplification de l’incertitude” Olivier Hamant, biologiste et directeur de l’Institut Michel Serres,

  • Parce que les fluctuations sont aléatoires, non réductibles à un risque calculable. Elles sont du registre de l'écart type (Exemples : La moitié des cadres de mon entreprise démissionne la même année,  le coût de la vie est multiplié par 5). Quand la tendance est une trajectoire moyenne, prévisible, sur laquelle se construit la performance, la planification linéaire dans un environnement parfaitement prévisible pour se construire et se justifier (Exemple : en moyenne, il est logique que des salariés quittent l’entreprise, puissent être malade, de voir le prix de la vie augmenter).

Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde “ Albert Camus

Pour choisir la bonne stratégie, tout responsable d’activité doit savoir distinguer les niveaux de fluctuations, en étant conscient que la durée, l'ampleur et le contexte peuvent faire passer d'un niveau à un autre :

  1. Niveau 1 : ça perturbe plus ou moins fortement mais le système peut revenir à l’état initial, c’est gérable au sein de l’organisation. Exemple : le covid pour pas mal de structures (pour certaines se fut un niveau 2)

  2. Niveau 2 : remise en cause de la raison d’être voire de la vie de la structure, parfois de tout un secteur d’activité . Exemples : disparition des financements dont dépend toute une structure

  3. Niveau 3 : remise en cause radicale de tout le fonctionnement de l’activité, du secteur voire de tout un territoire. Exemples :  plus d’électricité pendant 3 semaines, l'euro n'a plus de valeur, etc

En s’inspirant de la biologie systémique, Olivier Hamant propose de “réenchanter le risque”, en construisant des modèles susceptibles d'accueillir les fluctuations futures.

Faire avec les fluctuations (vs s’adapter)

Pour toute organisation, le défi est de créer les conditions de l’adaptabilité c’est-à-dire que toutes les fonctions essentielles de l’organisation restent stables à court terme et viables dans la durée, quelques soient les fluctuations de niveaux 2 et 3. Il s’agit de construire un modèle économique sur les fluctuations; c'est le passage d'une posture défensive (gérer le risque) à une posture constitutive (se bâtir dans l'instabilité).

Vous reconnaissez le défi pour la pérennité de votre activité, et vous ne savez pas comment initier de nouveaux réflexes dans votre équipe ? Rien de plus que concret que de confronter votre modèle dans un stress-test, d’analyser vos dépendances et de faire un diagnostic de votre culture interne. Envie de participer ? c’est par ici

C’ est à l’arrêt que l’on répare sa voiture, c’est par beau temps que l’on répare son toit.

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  • HAMANT Olivier .- "Antidote au culte de la performance" (Gallimard Tracts, 2023), "De l'incohérence" (Odile Jacob, 2024)

  • Survie dans le chaos : la robustesse à l’épreuve ? interview Thinkerview (octobre 2024)

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